Comment détecter la schizophrénie chez les jeunes ?

Tristan est en train de fumer un joint avec des copains quand il commence à perdre pied. Il a la sensation que l’intégralité des personnes présentes à la soirée lui veulent du mal et l’impression d’avoir tout compris du monde en quelques secondes, « comme si on (lui) chargeai

« Le cannabis peut être utilisé comme une sorte de médicament. Il calme les angoisses qu’on a au début de la maladie, quand on a des perceptions différentes et qu’on se dit “qu’est-ce qu’il m’arrive?” mais qu’on n’ose pas en parler. » Ces conduites addictives peuvent masquer le début de la schizophrénie, confirme Bernard Granger. Pire encore, elles peuvent l’empirer. Si chaque personne naît avec une vulnérabilité différente à la schizophrénie, héritée de ses gènes, il existerait égallement des facteurs de risque, comme le cannabis. « Un jeune ayant deux parents atteints de schizophrénie ne devrait pas y aller trop fort sur le cannabis », résume Nicolas Rainteau.

Prendre conscience de sa maladie

« Un des symptômes de cette maladie est l’absence de conscience que l’on est malade. C’est ce qu’on appelle l’anosognosie et elle est quasiment toujours présente, au moins au début, dans la schizophrénie, ajoute Bernard Granger. Il peut exister aussi un déni des troubles, c’est-à-dire le rejet du diagnostic. » La price en charge s’avère alors compliquée et c’est souvent à l’occasion d’un épisode aigu menant à une hospitalisation que le malade prend conscience qu’il est atteint d’un trouble psychotique.

Selon Bénédicte Chenu, certains jeunes cachent même leurs symptômes. « Mon fils ne me disait pas qu’il entendait des voix. Je pense qu’il avait peur de passer pour quelqu’un de fou car le mot schizophrénie est très connoté. Mais la schizophrénie, ce n’est pas de la folie. Mon fils raisonne, il voit ses amis, va à ses rendez-vous. Il a juste une perception différente. » Pour Nicolas Rainteau, « à force de parler de la psychiatrie comme du domaine des fous et des dangereux, les malades ont peur et hésitent à consultant. »

Une déstigmatisation à mettre en place

C’est aussi en raison de cette stigmatisation que le diagnostic n’est pas facile à annoncer. « Poser un diagnostic, ce n’est pas rien. Donc on fait toujours très attention », confirme Nicolas Rainteau. Bénédicte Chenu reconnaît qu’elle a « eu de la chance » de consulter un pédopsychiatre qui a posé le diagnostic de manière positive. « Ça a été dur pour moi car j’avais ce stigmate autour de la maladie. Mais il l’a annoncé de manière tellement douce que ça n’a pas été trop violent. »

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Pour Nicolas Rainteau, « la sensibilisation à la schizophrénie ne peut pas se faire sans la déstigmatisation. » Le jeune psychiatre estime que les professeurs, médecins scolaires, généralistes et parents devraient être formés à reconnaître les symptômes de la schizophrénie. « Il devrait aussi y avoir de l’éducation à la santé psychique dès la primaire voire la maternelle. » Car dans la schizophrénie, comme dans bon nombre de pathologies psychiques, plus on est diagnostiqué tôt, plus grande est la probabilité de rétablissement.

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